BREVE HISTOIRE D'UNE IRLANDE HIVERNALE

BREVE HISTOIRE D'UNE IRLANDE HIVERNALE
 

Je ne pourrai dire à quand remonte cette envie de parcourir la côte Irlandaise. Je l'ai découverte via la musique et l'univers de Ben Howard, musicien touché par la grâce, mis en image par son bassiste et photographe de talent Mickey Smith. Grâce à lui, j'étais déjà tombé amoureux de ce pays sans même y avoir mis les pieds une seule fois.

 
 

Bien décidé à partir à la rencontre des paysages et de cette atmosphère particulière, j'ai pris mes billets direction Dublin pour aller me frotter à l'Irlande en hiver, en plein mois de janvier. J'étais persuadé qu'en choisissant cette période au climat rude, j'allais pouvoir saisir l'essence même de l'île. Me remplir les yeux de vagues se fracassant contre les falaises et perdre mon regard dans ces terres brunies et infinies.

 
 

Accompagné par ma copine, nous décidons d'entreprendre ce périple à deux et de remonter la côte Ouest, en van, depuis les Cliffs of Moher jusqu'au comté de Donegal. Un sud – nord plein de promesses.

Les Cliffs of Moher est un lieu mystique, un des premiers dont j'avais entendu parler ; un des plus connu aussi. Ici le vent est présent, trop même. C'est difficile de se tenir debout et même d'avancer sur les endroits les plus exposés. Impossible de progresser, notre ballade le long des falaises s'arrête vite, trop vite. On se bloque, on contemple et on sent les milliers d'années derrière nous. Ces milliers d'années de création traduites par le mélange du souffle du vent criant et du bruit des vagues venant lécher la roche.

 
 

Passer du temps à inspecter la carte est une chose qui me plaît, cela anime en moi un sentiment d'aventure. J'aime m'y perdre et jeter mon dévolu sur l'objectif du jour : le lieu à atteindre pour y poser le van. Les journées sont courtes en Irlande, de ce fait, nous arrivions toujours à la nuit tombée. Le rituel est le même : se préparer à manger, ranger et dormir. La chose la plus belle dans les voyages en van c'est de découvrir le lendemain matin, lorsque le voile obscure se lève, un paysage nouveau. Celui dans lequel on met les pieds la veille sans se rendre compte de ce qui nous entoure. Un passage d'aveugle à voyant qui sublime le monde extérieur et la magie du voyage.

 
 

Achill Island est un de ces coups de cœur de voyage. Presqu'île surréaliste où les pubs chaleureux côtoient l'eau froide et les falaises abruptes. Les moutons traversent les routes, ils n'ont pas de barrière. Cet endroit est fendu d'une route principale ornée de maisons colorées qui trouve sa fin dans une crique hors du temps. On la découvre après avoir passé un col de montagne ; la hauteur offre un panorama qui nous surprend. La route se prolonge et s'en va mourir dans un mélange de teintes portées par les éléments. On décide sans hésiter de descendre et poser nos pieds sur la plage.

 
 

Seuls. Protégée du vent et de la houle, cette anse paisible et vide nous offre le spectacle d'un phoque jouant dans une eau calme, froide et translucide.

 
 

Nous voilà rentrés depuis peu, et au plus profond de moi je sais que je n'en ai pas fini avec ce pays. Elle a encore des tonnes d'histoires à me raconter et que j'adorerai mettre en image. Elle, cette Ile d'Emeraude, que beaucoup surnomme le Hawaii européen.

- Alexandre Peneau