#NOFILTER // VICTORIA VERGARA

#NOFILTER // VICTORIA VERGARA
 

A l'âge de 22 ans, Victoria Vergara est l'un des meilleurs espoirs du longboard français. Originaire de la Réunion où elle fait ses premiers pas sur une planche de surf, elle prépare actuellement son exil en Californie, la terre des légendes de la discipline Joel Tudor et Kassia Meador. Surfeuse, mannequin et globe trotteuse passionnée, Victoria a accepté de répondre à nos questions. 

 

Salt Water : Bonjour Victoria, pourrais-tu te présenter en quelques mots avant que nous rentrions dans le vif du sujet ? 

Victoria Vergara : Je m'appelle Victoria Vergara, j'ai 22 ans. Je suis née à la Rochelle mais j'ai très vite bougé de la France Métropolitaine. Mes parents ont beaucoup voyagé. Ils m'ont emmené avec ma petite sœur en Nouvelle Calédonie puis sur l'île de la Réunion, où j'ai passé la plus grande partie de mon enfance. Je dis souvent que suis originaire de là-bas car c'est là où j'ai grandi et où je me sens le mieux, vraiment chez moi. Aujourd'hui, je suis surfeuse professionnelle et mannequin à mes heures perdues. 

 
 

Quels sont tes premiers souvenirs surfistiques ? 

Mes parents m'ont appris à nager avant même de marcher. Ils m'ont tout de suite mis dans l'eau. J'ai fait les bébés  nageurs. Ils sont également surfeurs. Ils m'emmenaient à la plage avec eux et ils m'ont raconté que dès l'âge de 4 ans, je montais débout sur le bodyboard de mon papa pendant qu'ils allaient surfer au large. Je voulais faire comme eux. Vers 7 ans ils se sont dit qu'ils allaient me mettre sur une planche de surf. Voilà, c'est comme ça que tout a commencé ! 

Pourquoi avec choisi le longboard plutôt que le shortboard ? 

A la base je faisais du shortboard ! Je regardais "Blue Crush" tous les soirs. Je voulais faire comme ces filles et surfer des grosses vagues à Pipeline ! Puis j'ai rencontré Patrick Florès, le père de Jeremy, qui m'a dit "Vic tu es grande et tu es une fille cool, tu devrais essayer le longboard". La première fois que je suis montée sur un longboard c'était pendant une compète et en fait j'ai gagné le contest ! Autant dire que ça m'a motivé pour continuer ! A 15 ans j'ai décidé de me mettre à fond dans le longboard et d'en faire une carrière. 

 
 

Tes parents t'ont poussé dans ton choix ?

Mes parents ont toujours été mes plus grands fans, mes plus grands supporters et également mes plus grands sponsors. La seule condition c'était que je passe mon BAC. Je suis donc allée jusqu'au BAC que j'ai eu avec mention Bien. Je sais que si un jour je me blesse ou si je décide d'arrêter ma carrière je pourrai toujours reprendre mes études. Mes parents m'ont beaucoup aidé et je ne serais pas là où j'en suis aujourd'hui sans eux ! Ils ont tout de suite compris que c'était ce que je voulais faire de ma vie. Ils connaissent leur fille, ils m'ont vu m'entraîner très dur pour atteindre mes objectifs. A cette époque je faisais des trainings avec un coach personnel, avec l'équipe du pôle Espoir de la Réunion, je surfais tous les jours... J'ai même fait une année d'études à distance pour pouvoir surfer plus, suivre les compétitions internationales et m’entraîner !

Tu as en quelque sorte un plan B si un jour tu te blesses ou que tu ne peux plus surfer ?  On ne te le souhaite évidement pas ! 

Pas vraiment en fait. Je n'y ai jamais vraiment pensé ! Mes grands parents me demandent souvent ce que je vais faire plus tard, comme vrai métier. Pour eux je ne vais pas pouvoir glisser sur les vagues toute ma vie. Après je sais que les carrières dans le surf sont courtes. Je vais essayer de me faire un nom, essayer d'être un peu plus connue. Avec le mannequinat je me fais aussi beaucoup de contacts donc pourquoi pas lancer une marque un jour. Mais j'avoue que je n'ai pas vraiment pensé à un plan B, j'essaye de me focaliser sur le plan A. Une chose est sûre, je ne me vois pas rester toute la journée dans un bureau devant un ordinateur ! 

Tu as quitté la Réunion pour t'installer près d'Hossegor. Ton ancienne vie ne te manque pas trop ? 

En fait j'ai eu beaucoup de chance car lorsque j'ai bougé de la Réunion tous mes amis proches m'ont suivi car nous n'avons pas la chance d'avoir de grandes universités là-bas. C'était parfait, c'était la Réunion qui venait en France et pas uniquement moi ! Mais cette vie me manque quand même énormément et s'il n'y avait pas les requins je sais que j'habiterai encore là bas et pas sur Capbreton. J'espère qu'un jour la Réunion redeviendra un petit coin de paradis et que je pourrai y élever mes enfants. 

Comment as-tu vécu la crise des requins à la Réunion ? Penses-tu que les bonnes mesures ont été prises ?

C'est un sujet hyper complexe, je suis sûre que je ne connais pas tous les points mais je pense que beaucoup de grands scientifiques se sont penchés sur le problème et se battent pour mettre fin à cette crise, dont Jean-François Nativel qui a écrit un livre très complet sur le sujet. Tout le monde essaye de faire en sorte que l'on retrouve l'île qu'on avait avant et un écosystème marin normal, pas infesté de requins bulldog. Aujourd'hui, c'est tout l'écosystème qui est perturbé : il n'y a plus tous les petits requins de récifs, certaines espèces de poissons ont disparu... Ce n'est pas qu'un problème de surfeurs, c'est un cauchemar ! Toute l'économie, le tourisme, la vie des gens sur place sont impactés ! Moi j'ai la chance de voyager mais j'ai certains amis qui n'ont pas pu mettre les pieds dans l'eau depuis 4 ans... 

Comment se passe une journée dans la vie de Victoria Vergara ? 

Je n'ai pas vraiment de journée type car je bouge tout le temps. Depuis le début de l'année je n'ai passé que 3 semaines en France. Je ne suis pas souvent chez moi donc quand j'y suis j'essaye d'en profiter et d'avoir un emploi du temps assez tranquille ! Généralement je ne suis pas la première à me lever donc je passe un coup de fil à une ou deux copines pour savoir si elles ont checké les vagues, on se met ensemble à l'eau pour quelques heures, après on déjeune et on se refait une plage et un surf en fin de journée si les conditions sont bonnes. Le soir on va boire un petit verre à l'Etiquette et voilà ! 

 
 

Tu suis un régime particulier, un entrainement spécifique ? 

Je n'ai pas de régime précis autant poussé que certains surfeurs que je connais. Personnellement j'ai banni de mon alimentation la viande rouge et les produits laitiers car mon corps ne les tolérait plus. J'essaye d'être le plus active possible : je vais marcher, faire du skate, de la nage ou courir. Avant les compètes j'essaye de limiter les sorties, de surfer au maximum, je me regarde quelques vidéos de surf... Maud Le Car par exemple, qui est vraiment à fond dans les compètes et le surf, regarde les lives de tous les contest ! Moi je fais du surf avant tout pour m'amuser, parce que ça me fait du bien et que je prends du plaisir. J'essaye de ne pas trop me mettre la pression et je pense que c'est ce qui marche le mieux pour moi. 

On te voit beaucoup dans les magazines. Tu te considères comme un mannequin ou une surfeuse ? 

Je suis et j'ai toujours été une surfeuse avant tout ! Je ne suis pas un mannequin, je ne sais pas défiler sur un podium, ce n'est pas mon métier ! J'ai eu la chance de rentrer dans ce milieu mais ce n'est pas quelque chose que j'aimais particulièrement au début. Ce qui m'intéressait c'était d'aller surfer, j'étais un garçon manqué. Aller faire des photos ça ne m'intéressait pas et pendant longtemps j'ai tout fait pour y échapper ! Mais au final en grandissant, on va dire que je me suis un peu plus féminisée et j'ai commencé à y prendre goût. J'ai aussi compris que le monde du surf marche comme ça aujourd'hui, il faut être capable de surfer mais également de passer quelques fois derrière l'objectif ! 

 
 

On se souvient du scandale "Silvana Lima", jugée pas assez sexy par ses sponsors. Penses-tu que pour réussir dans le surf lorsqu'on est une fille il faille avoir un corps comme Alana Blanchard ? 

C'est vrai qu'aujourd'hui Alana est la surfeuse la plus connue et qu'Alana est sexy ! Mais il y a d'autres surfeuses comme Carissa Moore et Stéphanie Gilmore qui ont une carrière incroyable. Pour moi il faut réussir à gérer sa carrière avec ses atouts : les filles qui sont jolies et qui surfent bien seront peut être un peu plus connues. Après ça n'empêche pas du tout les autres qui ne sont pas dans ce milieu d'avoir de très belles carrières. Je n'ai pas trop suivi l'affaire "Silvana", mais oui je pense que comme dans n'importe quel autre sport, une surfeuse jolie aura un peu plus de chance de percer. C'est la société qui est comme cela. Personnellement je suis déçue lorsque je vais à une compète et que je n'ai que des photos de moi en allant surfer ou en sortant de l'eau alors que dans l'eau j'ai cassé le spot ! Je ne comprends pas les commentaires sur les réseaux sociaux qui ne parlent que du c*l d'Alana. C'est vrai, elle a un très beau fessier, mais il ne faut pas oublier qu'Alana déchire ! Elle était sur le CT et ça très peu de personne s'en souviennent. C'est une athlète avant tout. 

Tu viens de finir deuxième au Longboard Pro Gaia. Quels sont tes objectifs en  compétition cette année ? 

J'aimerais vraiment décroché le titre de championne d'Europe et me requalifier pour la Chine. Je pense que ça va le faire car je suis actuellement première au classement et il ne reste que deux compètes mais il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ! Après j'aimerais aller au moins jusqu'en quart de finale lors des championnats du monde. 

 
 

Il n'y a que très peu de compétitions de longboard comparé au shortboard qui est la discipline reine du surf. C'est dur de vivre de sa passion ? 

C'est vrai que sur les championnats du monde il n'y a qu'un seul event. Il ne faut pas se rater le jour j. Les prize money sont aussi beaucoup moins élevés que ceux du shortboard. Mais bon, après le longboard c'est très particulier. Les longboarders c'est un peu les rebelles du surf. Si tu prends Joel Tudor par exemple qui a fait quelques compétitions avant de devenir complètement anti ASP, je pense que le longboard convient mieux au free surf. La discipline a gardé son image plus cool d'une planche qu'on prend le dimanche quand il y a des petites vagues. Même le SUP a plus de moyens !  Aujourd'hui ce qui me fait vivre c'est mes sponsors, pas les compètes de longboard. Je dépense plus d'argent pour me rendre sur les lieux du contest que ce que je gagne en remportant l'event ! Je ne vis pas du surf en tant qu'athlète, je vis du surf en tant que lifestyle, je fais des vidéos, je suis active sur les réseaux sociaux, je fais des photos... J'ai beaucoup de chance, il y a très peu de filles qui peuvent en vivre aujourd'hui et beaucoup d'entre elles ont des petits jobs à côté. 

Tu es tout le temps entre deux avions, à parcourir le monde à la recherche de vagues. Il y a un endroit que tu apprécies tout particulièrement ?

Je reviens de Californie et j'ai vraiment eu un gros coup de cœur pour cet endroit. Je ne devais y rester que 2 semaines et j'ai fini par y rester 2 mois et demi ! Je vais donc y déménager fin octobre. Après j'aime également beaucoup le Costa Rica, il y a des vagues parfaites, personne dans l'eau. C'est un endroit qui me rappelle beaucoup la Réunion pour le climat, la jungle, l'eau chaude et les plages de sable noir. C'est très dur de choisir un endroit car tous mes voyages sont très différents et m'apportent beaucoup ! J'ai passé un peu de temps en Australie et j'ai adoré, pareil pour le Japon ou la Nouvelle Zélande

Tu as d'autres projets pour 2016 ? 

Mon déménagement en Californie me prend beaucoup de temps actuellement. Après j'ai toujours l'idée de partir en Inde pour apprendre le surf à des petites filles, d'aller découvrir le pays, la culture qui me fascine. Je ne sais pas si j'aurai le temps d'y aller cette année mais je garde ce projet dans le coin de ma tête. 

 
Copyright photo (par ordre d'apparition) : Olivier Egloff Photography, Reef Girls, Juan Medina, Fran Miller, Logan Rauhut, Reef Europe, Tyson Llyod, Austin Eye, Dane Peterson, Binch Aquashot
 
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